Mars 2025 - WhatsApp ou celui qui était au-dessus de tout soupçon

Bonjour à tous et bienvenue aux nouveaux abonnés. Dans ce numéro, j'ai choisi de me pencher sur WhatsApp et son utilisation chez les adolescents, notamment les plus jeunes. Je vous propose également une sélection des articles et contenus en lien avec la parentalité numérique qui m'ont particulièrement intéressée ce mois-ci. Bonne lecture!

Numérique sa mère !
8 min ⋅ 26/03/2025

S’il y a bien une app dont on se méfie peu, c’est WhatsApp qui n’est après tout qu’un système de messagerie que l’on range plus facilement du côté des sms que de TikTok ou Instagram.

Alors quand ma fille de 11 ans, avant même d’avoir son téléphone, m’avait demandé si elle pourrait installer WhatsApp pour discuter avec ses amis et intégrer le groupe « Family » avec ses oncles, tantes et grands-parents et qui ferait d’elle la première de sa génération à entrer dans la cour des grands, j’avais même trouvé que c’était plutôt une bonne idée.

Comment tout cela pourrait-il mal tourner ? Et bien figurez-vous qu’après m’être vraiment penchée sur la question, j’ai quelque peu revu ma position…

Et si WhatsApp était en fait un réseau social comme un autre ?

Si au départ WhatsApp était bien une simple app de messagerie, il a aujourd’hui bien changé.

On commencera par rappeler qu’il appartient depuis 2014 au groupe Meta qui possède également Facebook et Instagram.

Surtout, il propose des fonctionnalités apparentées aux réseaux sociaux comme les « Statuts » qui disparaissent au bout de 24h (à l’image des Stories que l’on peut trouver sur Instagram), des chaînes et communautés auxquelles on peut s’abonner ou sur lesquelles on peut être ajouté. WhatsApp propose aussi des filtres et des arrière-plans. Il a même été question à un moment donné d’intégrer des fonctionnalités de shopping et d’e-commerce. Et il y a quelques jours, on a appris que l’IA de Meta allait commencer à être déployée sur WhatsApp en Europe sous la forme d’un agent conversationnel.

Et comme pour tous les réseaux sociaux, l’âge minimum légal pour utiliser WhatsApp est de 13 ans (c’était même 16 ans entre 2018 et 2024 notamment pour des questions de RGPD mais Meta a choisi il y a un an d’abaisser l’âge à 13 ans pour « être aligné avec les autres plateformes »).

D’ailleurs, dans les études ou enquêtes, WhatsApp est souvent classé dans la rubrique “réseaux sociaux” au même titre que Facebook, Instagram, TikTok, Snapchat et même YouTube.

Bref, on est très très loin des sms, de Facetime ou de Skype (qui vient soit dit en passant de faire définitivement ses adieux).

WhatsApp, réseau social préféré des jeunes ados

Cette image de bon copain inoffensif explique probablement en partie pourquoi WhatsApp est autant utilisé chez les adolescents et notamment les plus jeunes.

Selon une étude publiée par l’agence Heaven en octobre 2024, WhatsApp apparaît comme le premier réseau social chez les 10/13 ans très loin devant les autres réseaux sociaux (à l’exception de YouTube). D’après l’étude, 50% des ados dans cette tranche d’âge est sur WhatsApp (soit 7% de plus en seulement 1 an) et 14% des jeunes ados y publient des statuts/stories.

Une autre enquête de Tralalere pour Internet Sans Crainte datant de juillet 2024 sur les pratiques et équipements numériques à l’entrée au collège montre que 43% des parents pensent autoriser l’installation de WhatsApp sur le téléphone de leur enfant.

Le risque de harcèlement en tête d’affiche

Et pourtant, les risques sont nombreux et finalement assez proches de ceux que l’on peut rencontrer sur les réseaux sociaux classiques avec en tête de liste le harcèlement, qui peut y prendre différentes formes.

Les chiffres sont d’ailleurs édifiants. D’après une étude réalisée par l’institut Audirep en mai 2024 pour l’Association e-Enfance / 3018 avec le soutien de la Caisse d’Epargne, 20% des élèves de primaire en France auraient déjà été confrontés à du harcèlement en ligne et 44 % des 6-18 ans auraient déjà été cyberharcelés sur un groupe WhatsApp.

Dans le collège de ma fille, c’est d’ailleurs un sujet qui a été abordé dès la réunion de rentrée par les professeurs principaux pour alerter les parents. L’équipe éducative constate en effet que chaque année, il y a des groupes WhatsApp de classe qui se créent entre élèves ou même des groupes plus restreints entre amis et que, chaque année, il y a des dérives qui prennent souvent la forme de harcèlement. C’est par exemple le cas de la/le bon(ne) élève qui partage et rappelle quasi-quotidiennement sur le groupe de la classe les devoirs à faire pour le lendemain. Sauf qu’un jour, elle/il oublie de le faire ou se trompe, certains élèves qui n’ont pas rendu le devoir qu’ils auraient dû rendre écopent d’un 0 ou d’une heure de colle et le harcèlement commence sur le groupe avec des moqueries, des insultes ou du ghosting (qui consiste à ignorer une personne et ne plus lui répondre), ce qui est tout aussi violent.

Sur le sujet du ghosting, je vous invite à lire un article du Point qui explique bien le phénomène.

En dehors du harcèlement, il peut aussi y avoir :

  • Des contacts non sollicités (en direct ou via l’ajout à des groupes) venant d’inconnus. On lit parfois des histoires d’ados, comme ici en Angleterre, ajoutés sans leur consentement à des groupes WhatsApp qu’ils pensent inoffensifs (les élèves de 6e de la région par exemple) et à qui on demande d’ajouter également leurs amis. Et rapidement, les contenus qui y sont publiés s’avèrent totalement inappropriés et n’ont rien à voir avec le thème initial du groupe.

  • Une pression à répondre : le fait que l’on puisse savoir si la personne est en ligne, si elle a lu le message, peut générer une sorte de pression à répondre rapidement même si on n’en a pas envie.

  • Un partage excessif d’information sous couvert de sentiment de sécurité ( ce que les anglo-saxons appellent l’oversharing) notamment via les messages qui disparaissent au bout d’un certain temps ou qui ne sont visibles qu’une seule fois. Il y a même une fonctionnalité pour partager sa localisation en temps réel qui peut être problématique selon la personne avec laquelle on la partage.

  • Une sentiment de surcharge informationnelle avec parfois des centaines de messages en quelques minutes.

Est-ce finalement si surprenant ?  

Mais comment aurait-il pu en être autrement quand on voit les nombreux usages problématiques de WhatsApp qu’il peut y avoir chez des adultes majeurs et vaccinés ?

Et il n’y a pas de meilleur exemple que les groupes whatsApp de parents d’élèves, espaces qui regroupent des gens dont le seul point commun (parfois) est d’avoir des enfants dans la même classe.

D’ailleurs, si vous ne l’avez pas déjà vu et pour dédramatiser un peu, je vous conseille le sketch de Gad Elmaleh sur ces fameux groupes de parents qui est à la fois très drôle et très bien vu.

Dans mon expérience de parent, je n’ai pas connu une seule année sans que le groupe WhatsApp de parents d’élèves ne dérape de manière plus ou moins problématique. Et ma première expérience en la matière remonte à la maternelle.

Quand j’habitais en Angleterre et que mon fils était alors dans l’école anglaise du quartier, je gérais avec une autre maman le groupe WhatsApp de la classe. Un jour, une mère nous avait demandé si nous pouvions poster un message dont nous n’avions, à ce moment-là, pas du tout mesuré le potentiel clivant.

Il était d’usage que chaque enfant, le jour de son anniversaire, ramène à l’école des « party bags », des petits sacs remplis de bonbons et de petits objets en plastique qui avaient vocation à rendre l’âme dès la 2e utilisation et les distribue à tous ses petits camarades. Et comme la classe comptait 30 élèves, ce rituel avait lieu pratiquement chaque semaine et parfois même plusieurs fois par semaine. Cette mère expliquait qu’à chaque fois que son enfant mangeait des bonbons, cela finissait toujours par des crises et un enfant surexcité pendant des heures.  Et elle demandait s’il ne serait pas possible de remplir les sacs avec d’autres choses que des bonbons. Le ton était courtois, en apparence sans jugement, comme les anglo-saxons savent si bien le faire. Bref, rien ne laissait présager ce qui allait suivre.

Après de premiers retours positifs de parents, un second groupe, visiblement fervent défenseur des « party bags » classiques avait alors commencé à faire entendre sa voix et le ton était très rapidement monté entre les deux groupes.

Exit le légendaire flegme britannique. Place au règlement de compte en bonne et due forme et sans filtre entre deux mondes qui visiblement ne pouvaient ou ne voulaient pas se comprendre…

Les fervents défenseurs des « party bags » accusaient leurs adversaires d’être des bobos écolos qui les prenaient de haut. Ils revendiquaient leur liberté de faire ce qu’il voulait pour faire plaisir à leur enfant, qui préférait bien évidemment les bonbons et les gâteaux aux brochettes de fruits et de tofu. Et si les autres parents n’étaient pas contents, ils n’avaient qu’à retirer eux-mêmes le sac des mains de leur enfant une fois le portail de l’école franchi.

Le camp d’en face argumentait que ces « party bags » n’avaient rien à faire dans l’enceinte de l’école et qu’on mettait, sans leur consentement, dans les mains de leurs enfants des produits qu’ils leur refusaient à la maison. Si des parents voulaient que leurs enfants deviennent obèses et diabétiques, c’était leur problème mais pas le leur ni celui de leurs enfants. 

Après quelques rappels sur le rôle du groupe WhatsApp, la discussion avait fini par prendre fin mais un froid s’était ensuite clairement installé à la sortie de l’école. Puis le Covid avait pointé le bout de son nez et avait finalement mis tout le monde d’accord : plus de « party bags » et même plus d’école du tout pendant des mois…

Et depuis que je suis revenue en France et que mes enfants y sont scolarisés, il y a chaque année dans ces groupes de parents des discussions qui n’y ont pas leur place : plaintes quant à la quantité de devoirs, doutes et critiques sur les compétences de certains enseignants et, dans les cas les plus graves, une stigmatisation décomplexée d’un enfant ou d’une famille.

Même si nous avons une responsabilité en tant que parent et adulte pour éviter ses dérives, il faut aussi admettre qu’il est tentant et humain de réagir à ce type de discussion. C’est le principe même des réseaux sociaux que de chercher à générer de l’engagement. Cela vient pointer là où ça fait mal, là où on ressent soi-même de la frustration, quelqu’un vient dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, on voit les autres participer et on veut soi-même en être. Mais il suffit de se poser deux secondes pour se rendre compte que c’est rarement une bonne idée d’autant que les personnes incriminées - je pense par exemple à une fois où je m’étais moi-même un peu emballée en likant et en commentant un message à propos d’une enseignante qui mettait les enfants à chaque cours devant des vidéos qui n’avaient rien d’éducatives - ne sont même pas là pour se défendre et il n’y a pas de dialogue possible. Il existe d’autres moyens de se faire entendre.

Rien d’étonnant donc à ce que les groupes WhatsApp d’ados ne soient pas exempts de dérives en tous genres et suivent le même exemple.

Mais alors qu’est ce qu’on fait ?

Comme pour la parentalité en général, il existe mille et une façons d’envisager la parentalité numérique, qui va dépendre de son vécu, de ses valeurs, de son caractère, de ses connaissances, de ceux de l’autre parent et de ses enfants qui sont tous différents et n’ont pas les mêmes besoins.

Pour le cas de WhatsApp qui nous intéresse ici,

  • On peut faire le choix d’en donner l’accès à son enfant/ ado en discutant des risques avec lui et en l’accompagnant.

  • On peut aussi vérifier les paramètres de confidentialité pour éviter que n’importe qui voient les contenus de notre ado ou puisse l’ajouter à des groupe (d’ailleurs, j’en ai profité pour vérifier mes propres paramètres et j’ai procédé à quelques ajustements car je n’étais visiblement pas complètement au point), on peut également utiliser un contrôle parental.

  • Enfin, on peut retarder l’accès à WhatsApp, a minima jusqu’à 13 ans qui est l’âge légal ou même beaucoup plus tard.  

Mes lectures du mois

Numérique et écrans

  • Les collégiens, leurs parents et le numérique : une étude fait voler en éclats les idées reçues - L’ADN

  • Le baromètre du numérique de l’ARCEP 2025 qui parle notamment des usages du numérique et du temps d’écrans - ARCEP

  • La science secrète de la Silicon Valley qui vole l'enfance (en anglais) - Richard Freed sur Medium

  • La tragédie des EdTech (en anglais), qui parle d’un livre publié par l’UNESCO mentionnant les dommages causés par les technologies éducatives lors des fermetures d'écoles au moment du COVID dans le monde entier - After Babel Newsletter

  • Un coup de poing, les réflexions d’une mère sur la série Netflix Adolescence où un adolescent de 13 ans, est accusé du meurtre d'une de ses camarades de classe. - La Balagan

  • C'est l'âge des regrets : la génération Z a grandi avec les écrans et envisage une enfance différente pour ses propres enfants (en anglais) - The Guardian

  • Temps d'écran, facteurs sociodémographiques et bien-être psychologique chez les jeunes enfants (en anglais) - Jama Network

  • Effets de la restriction des smartphones sur l'activité neuronale liée aux signaux (en anglais) - Computers in human behaviour

  • Parents, Enfants & Numérique 2024 – Rapport de l’étude - Observatoire de la parentalité et de l’éducation au numérique

  • École Directe, Pronote… Comment les notes de nos enfants ont fait irruption dans nos vies pro (au risque de nous rendre dingues) - Madame Le Figaro

Education aux médias et à l’information

  • Ces images qui informent ou désinforment : sur les réseaux numériques, cultiver l’esprit critique - The Conversation

  • Pourquoi discuter avec vos enfants des technologies et des écrans ne fonctionne pas ? (en anglais) - Newsletter Screenstrong

  • « Plutôt que d’interdire les écrans, mieux vaut accompagner les jeunes, les parents et les enseignants afin de leur apprendre à les “apprivoiser” » - Le Monde

  • « Interdire les écrans » ou « éduquer au numérique » : l’insoutenable alternative - The Conversation

Contrôle parental

  • Surveiller ses enfants ou espionner les autres ? La polémique Find My Kids - Margaux Duquesne sur LinkedIn

Réseaux sociaux

  • Étude : comment la Gen Z utilise les réseaux sociaux en 2025 - BDM

  • TikTok : la France va enquêter sur les effets psychologiques pour les enfants et adolescents - Kulture Geek

  • Votre enfant est sur TikTok ? Cette nouveauté a été pensée pour vous - Presse Citron

  • Les nouvelles fonctionnalités de contrôle parental de TikTok fonctionneront-elles vraiment ? - Fortune

  • Petite phénonoménologie de la connerie adolescente ou l’art subtil d’apprendre à exister notamment sur les réseaux sociaux - Newsletter Oblique

  • L'addiction aux vidéos de courte durée et la procrastination scolaire (en anglais) - Frontiers in Psychology

  • Julia De Ternay, psychiatre addictologue : « Le critère de temps ne suffit pas pour parler d’addiction aux réseaux sociaux » - La Tribune de Lyon

  • YouTube va limiter les vidéos promettant de l’argent facile aux ados - Kulture Geek

  • Réseaux sociaux et troubles alimentaires chez les ados : une étude tire la sonnette d'alarme - Parents.fr

  • Que font Snapchat, Instagram et TikTok pour protéger les mineurs ? - Ma Famille Zen

  • Comment protéger les enfants sur les réseaux sociaux - Ma famille Zen

Jeux vidéos

  • Gardez vos enfants loin de Roblox si vous êtes inquiet, dit son PDG aux parents - BBC

  • Meurtre de Louise : la faute aux jeux vidéo, vraiment ? - L’Express

TV

  • La violence à la télévision : qu’arrive-t-il aux enfants qui y sont confrontés ? (en anglais) - Science Daily

IA

  • Les élèves face à l’IA : entre séduction et inquiétudes - Cahiers pédagogiques

  • « J’enseigne avec l’IA ! » : Mickaël Bertrand partage ses cas d’usage - EdTech Actus

  • Les arguments en faveur de l'utilisation de votre cerveau - même si l'IA peut penser à votre place (en anglais) - Vox

  • L’IA face à ses limites : mieux la comprendre pour mieux l’apprivoiser - l’ADN

  • IA : moins les gens savent comment ça fonctionne, plus ils l’apprécient - The Conversation

  • La fin du “Je ne sais pas” (en anglais) - Psychology Today

  • Intelligence artificielle : comment ChatGPT métamorphose la triche scolaire - Le Monde

  • Les chatbots émotionnels alimentés par l’IA, entre remèdes émotionnels et mirages affectifs - The Conversation

Ce qui se passe dans les autres pays

  • Au Royaume-Uni, les parlementaires réfléchissent à faire interdire les smartphones à l’école (en anglais) - The Guardian

  • Toujours au Royaume-Uni, les adolescents exposés à des contenus «horribles» en ligne - et cette enquête révèle l'ampleur du problème (en anglais) - Sky News

  • En Chine, les enfants de six ans se voient déjà proposer des cours d'IA à l'école afin de former la prochaine génération de fondateurs de DeepSeek (en anglais) - Fortune

  • Aux Etats-Unis : L'école Alpha qui utilise l'IA pour “libérer les étudiants et transformer l'enseignement” (en anglais) - Forbes

  • Un rapport sur les ados américains, les médias sociaux et la technologies

  • - Pew Research

  • La Suède va bannir les téléphones des écoles (en anglais) - The Local

  • Le Danemark compte interdire portables, tablettes et objets connectés dans les écoles - Courrier International

  • Madrid va limiter les temps de tablette et ordinateurs à l’école primaire à 2h par semaine (en anglais) - The Guardian

  • Crypto, jeux vidéo, "sextorsion", Twint… les arnaques qui piègent le plus les jeunes en Suisse - RTS

Numérique sa mère !

Par Charlotte Weaver

À propos de l’auteur

Une mère de deux enfants/ados dont l’un est en primaire et l’autre vient d’entrer au collège qui se pose mille et une questions sur la parentalité à l'ère du numérique.

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