Parents, comment pouvons-nous éduquer nos enfants au numérique et aux écrans ?

Après avoir tenté, dans la dernière newsletter, de comprendre quelle était la place de l’éducation au numérique au sein de l’école, il est maintenant temps de s’intéresser aux parents et au rôle qu’ils peuvent jouer dans cette éducation.

Numérique sa mère !
15 min ⋅ 05/11/2025

Et la première question que l’on pourrait se poser est la suivante : les parents peuvent-ils et doivent-ils vraiment éduquer leurs enfants au numérique ? 

Là-dessus, les avis divergent, comme sur tous les sujets liés à la parentalité. Certains considèrent que cela devrait être du seul ressort de l’école, d’autres uniquement de la famille, d’autres encore qu’il faudrait une véritable co-éducation école-parents à laquelle s’ajouterait la participation d’autres acteurs de la société (associations par exemple). 

La CNIL nous dit que « Les parents sont des acteurs de premier plan de l’éducation au numérique des mineurs. Afin de mener à bien cette mission, ils doivent être mis en capacité de les accompagner dans la protection de leurs droits, dans le respect de leur intérêt supérieur. »

Le Conseil de l’Europe nous explique que « Les « parents numériques » doivent être des modèles responsables, et créer les conditions de la communication et de la confiance qui permettront à leurs enfants de parler ouvertement des activités auxquelles ils se livrent en toute indépendance dans le monde virtuel. Les parents numériques doivent aussi comprendre quel est le style de parentalité qui convient le mieux à leur famille afin que leurs enfants puissent non seulement participer au monde virtuel mais en profiter véritablement, tout en étant protégés de tout risque posé par ce nouvel environnement. »

Internet Sans Crainte, le programme national de sensibilisation au numérique des jeunes en France insiste régulièrement dans ses supports de communication sur le fait qu’il n’y a pas besoin d’être expert pour contribuer à l’éducation au numérique de ses enfants. 

Mais ce n’est pas pour autant simple à mettre en place. Ce sont en tout cas ce que pensent les auteurs du livre qui vient de sortir « Faire la paix avec nos écrans » qui avancent l’idée dans un épisode du podcast « Si tu posais ton tel » que« les parents ne peuvent pas faire cette éducation, à part des gens hyper motivés, qui ont beaucoup de compétences et de disponibilités ». 

Nous, parents, ne sommes pas tous égaux face au numérique et face à cette éducation au numérique. 

Le milieu social dans lequel nous avons grandi et dans lequel nous évoluons aujourd’hui, nos expériences personnelles et professionnelles jouent un rôle important. Et il y a aussi une question de temps que l’on peut y allouer. Et effectivement, l’école est un des seuls lieux capable de réduire les inégalités face au numérique. 

Mais pour les parents qui souhaiteraient s’investir dans cette éducation au numérique, il est possible d’agir et de s’impliquer.  Nous allons maintenant regarder comment faire. 

Eduquer ses enfants au numérique, c’est d’abord faire preuve d’humilité sur sa propre maîtrise du numérique

Avant même de penser à éduquer ses enfants au numérique et aux écrans, peut-être faudrait-il commencer par essayer d’être le plus honnête possible sur ses propres compétences numériques et sur l’étendue réelle de sa culture numérique. 

Il faut déjà déconstruire cette croyance que nous maîtrisons de manière innée et intuitive le numérique parce que nous avons grandi en partie avec. Ce que j’évoquais dans le premier numéro de cette série et qui a aussi été étudié par des chercheurs comme par exemple ici).

D’autre part, ce n’est pas parce que l’on maîtrise certains aspects du numérique grâce à nos expériences personnelles et professionnelles que c’est le cas pour la globalité. Je vous renvoie ici au cadre des compétences qu’il faudrait avoir acquises à l’âge adulte. Il y a forcément des domaines que l’on maîtrise moins que d’autres, voire pas du tout. 

Dans une récente étude menée par Pix intitulée « Les compétences numériques des personnes en emploi en France », on constate que, chez les adultes, la maîtrise du numérique est perfectible, et ce, même chez les cadres. 

On y découvre entre autres que : 

  • 3 personnes en emploi sur 5 ne disposent pas des compétences numériques nécessaires à leur autonomie professionnelle ;

  • 1 cadre sur 3 ne repère pas un hameçonnage ;

  • 80 % des cadres n’analysent pas correctement la fiabilité des sources ;

  • 70 % des seniors ne maîtrisent pas les outils de visio ;

  • 1 jeune actif sur 2 ne sait pas calculer une moyenne dans un tableur.

Bref, on peut mieux faire…

Une enquête montre également que nous, adultes, aurions une fâcheuse tendance à nous surestimer. C’est par exemple le cas pour notre capacité à détecter des fake news.

Dans une enquête Ipsos datant de 2024 (1 000 Français âgés de 18 ans et plus ont été interrogés), 74% des sondés s’estimaient en capacité de faire le tri entre les « vraies et les fausses informations ». Sauf que lorsqu’on les invitait à se prononcer sur la véracité d’une série de 9 fausses informations, les personnes interrogées n’avaient réussi à identifier que 2 « fake news » en moyenne. Et 66 % adhéraient à au moins l’une des fake news. Et je crois que ce qui m’a le plus amusé dans cette enquête, c’est quand on demandait aux sondés s’ils pensaient que leurs concitoyens étaient aptes à repérer les “fake news”. 68 % pensaient qu’ils n’en étaient pas capables

Et en même temps, je dois avouer que je ne suis pas complètement étonnée par ces chiffres. Pendant une quinzaine d’année, j’ai fait de la formation professionnelle où il était notamment question de compétences numériques. Et on ne s’imagine pas le nombre de professionnels de tous âges qui accusent des retards majeurs alors que ce sont pourtant des compétences centrales pour le bon exercice de leur métier.  

Dans mon expérience personnelle, quand vous demandez aux gens avant la formation d’estimer leur niveau, tout le monde ou presque a un niveau intermédiaire, peut-être par peur de paraître prétentieux ou à l’inverse complètement idiot. Il y a une quinzaine d’années, la majorité des participants que je rencontrais avaient en effet un niveau intermédiaire mais ces dernières années, j’avais fait le constat qu’il n’y avait plus grand monde dans cette catégorie. Les uns se sous-estimaient et les autres se surestimaient (l’effet Dunning-Kruger en pleine action…). J’avais soit affaire à des gens vraiment très bons, très à jour, qui s’auto-formaient régulièrement (mais généralement sur leur temps libre), étaient en veille constante et n’avaient finalement pas vraiment besoin de formation. Et c’étaient pourtant eux qui en étaient les plus friands notamment pour échanger avec d’autres professionnels et vérifier s’ils n’avaient pas de trous dans la raquette. Et à l’inverse, il y avait aussi beaucoup de gens - j’ai le sentiment qu’ils étaient plus nombreux- qui avaient des connaissances et compétences obsolètes qui n’avaient pas été remises à jour ni développées depuis des années, voire des dizaines d’années. Et une ou deux journées ne pouvaient suffire à tout combler. D’autant que, pour la plupart, ils n’avaient pas du tout conscience du retard qu’ils avaient pris. Et former quelqu’un qui ne comprend pas ce qu’il fait là, n’a pas envie d’être là car dans son esprit « il sait déjà » ou « n’a pas besoin de ces compétences ou connaissances » et que l’entreprise a un peu forcé à venir sans lui dire explicitement pourquoi, c’est très très compliqué mais aussi très démoralisant pour le formateur…

Et dernière chose, ce n’est pas parce qu’on dispose de certaines compétences liées au numérique qu’on pense forcément à les transmettre à ses enfants. Je lisais récemment dans un article de Futura Sciences que « même dans les lycées privés où l'on pourrait s'attendre à une meilleure acculturation numérique, les compétences des élèves ne sont pas nécessairement supérieures. » et que « les parents, y compris ceux issus de catégories socioprofessionnelles supérieures, partagent peu leurs connaissances informatiques avec leurs enfants”. C’est aussi ce que je peux constater dans les établissements que fréquentent mes enfants, très privilégiés et CSP+ mais avec des parents qui travaillent énormément et peuvent être très peu présents. Il y a un problème de temps c’est certain mais peut-être aussi tout simplement de sensibilisation. 

Prendre conscience de ses propres compétences et de ses lacunes en matière de numérique, d’accord, mais comment peut-on s’y prendre? Pour un début de prise de conscience, on peut passer par la plateforme Pix (oui, celle que nos enfants cotoyent chaque année à partir du collège) qui propose aussi des parcours pour les parents (https://pix.fr/parents). On peut également faire gratuitement les mêmes programmes que pour les collégiens et les lycéens. J’ai personnellement trouvé cela très instructif. Si pour la compétence « mener une recherche d’information et une veille », mes résultats étaient plutôt conformes à l’image que je me faisais de mes propres compétences en la matière, j’ai en revanche atteint mes limites bien plus vite que je ne l’imaginais pour la partie « résoudre des problèmes techniques ».

Eduquer ses enfants au numérique, c’est ensuite s’éduquer soi-même au numérique

Une fois que l’on a une vision un peu plus lucide de ses compétences et de sa culture numérique, il va falloir s’éduquer soi-même et rester à jour si l’on veut être en mesure d’accompagner ses enfants. 

Heureusement, il existe de très nombreuses ressources en ligne notamment gratuites. Je vous recommande ici celles que je trouve les plus intéressantes et qui m’ont été ou me sont encore les plus utiles. Il n’est pas question de s’abonner à tout d’un coup mais plutôt d’y aller pas à pas et de progresser à son rythme.  

Les sites-clés pour se familiariser avec la parentalité numérique et l’éducation au numérique

Pour débuter, il existe plusieurs sites qui sont de véritables mines d’or pour les parents avec de nombreux guides, dossiers, fiches, etc. proposés par des organismes publics ou des associations et qui sont d’excellentes portes d’entrée.

Je pense par exemple :

  • au CLEMI avec son guide de « la famille tout-écran» et ses nombreuses autres publications proposées (apprendre à vos enfants à s’informer, gérer les temps d’écran, etc.). A noter que le CLEMI et l’UNESCO travaillent actuellement sur un nouveau « guide familial pour le monde numérique» qui devrait paraître en 2026. 

  • à Internet Sans Crainte (Programme national de sensibilisation des jeunes au numérique en France) et ses nombreuses ressources, dossiers, guides et tuto disponibles : Stop la violence sur le harcèlement scolaire, Faminum pour accompagner la parentalité numérique, Citizen Code pour apprendre les rudiments du code et de la programmation, Colori pour initier au numérique sans écran, etc. 

  • à la CNIL qui propose notamment un kit « Accompagner son enfant (8-10 ans) dans ses premiers pas numériques » ainsi que de nombreuses fiches thématiques ;

  • à la « Trousse à projet» qui propose des ressources autour de la parentalité et du numérique

  • au site « Je protège mon enfant»  qui est une plateforme d’information et d’accompagnement avec un volet sur l’usage des écrans et l’autre sur la pornographie

  • à Mon enfant et les écrans proposé par l’UNAF (Union Nationale des Associations Familiales) avec de nombreux guides, conseils, de l’actu décryptée, des recommandations de ressources

  • à l’association e-enfance qui propose de nombreuses pages d’informations sur le cyberharcèlement, les réseaux sociaux, le contrôle parental, la surexposition aux écrans, etc. 

  • à l’Observatoire de la parentalité numérique (Open Asso) qui propose de nombreux articles, des dossiers thématiques et des études. 

Pour aller plus loin, il existe ensuite de nombreuses newsletters, podcasts, revues, livres ou comptes sur les réseaux sociaux qui proposent des contenus très intéressants qui permettent d’approfondir certains thèmes et sujets et de rester à jour. 

Voici une petite sélection de ceux que j’affectionne tout particulièrement et qui m’aident à m’informer, me former et à réfléchir. 

Des newsletters à déguster en prenant son temps

  • La newsletter « Parentalité et éducation numérique» proposée par le magazine pour ados Geek Junior qui propose chaque semaine des liens vers des actus et des ressources pour renforcer sa propre culture numérique. 

Pour mieux comprendre les grandes tendances du Web et de la tech

  • In Bed with Tech, la newsletter de Marie Dollé qui nous parle des tendances de la tech et de leur impact sur le monde d’aujourd’hui et de demain. On y trouve notamment de nombreux articles sur l’IA comme par exemple « De l’utilité de cultiver son esprit critique » ou « Désloppez-vous ». 

  • L’ADN qui propose des actualités et des analyses sur les dernières tendances du Web et qui propose une newsletter avec les derniers articles (comme par exemple «La pensée masculiniste s’infiltre sur le portable des enfants»)

  • Pixels, la rubrique numérique du Monde dont on peut recevoir les derniers articles via leur newsletter hebdo

Pour mieux comprendre l’univers de l’IA,

Sur les questions des médias et du numérique

Pour lire d’autres parents et leurs questionnements sur le numérique, 

  • La newsletter Darons Daronnes du Monde qui aborde parfois ces questions (Un des derniers numéros s’intitule par exemple « Squeezie, Léna Situations, Inoxtag et moi, ou comment les youtubeurs sont entrés dans ma vie »)

En anglais, il y a aussi la newsletter « After Babel » de Jonathan Haidt qui s’intéresse à la façon dont les technologies modifient la société et l’impact que cela peut avoir pour les enfants. Attention tout de même, il y a un parti pris qui consiste à ne présenter que des informations et études pointant vers les dangers et risques du numérique. C’est intéressant mais il faut garder cela en tête quand on lit les articles. 

Des podcasts à écouter sans modération

Il y a ensuite tout un tas de podcasts passionnants spécialisés sur d’autres thématiques mais qui peuvent ponctuellement aborder les questions du numériques comme :

Des comptes Instagram à suivre avec attention

Il y a également des comptes Instagram qui partagent des conseils intéressants en matière de parentalité numérique et des liens vers des articles, études, vidéos, etc.

C’est le cas de : 

Des revues et magazines à feuilleter sans se priver

Plusieurs revues et magazines ont également toute leur place comme :

  • Le magazine Chut, un trimestriel qui explore l’impact du numérique et des technologies dans nos vies

  • Les magazines des associations de parents comme celui de l’APEL, la PEEP ou la FCPE qui proposent des articles sur ces sujets qui sont souvent bien faits. 

Des livres à dévorer

Il y a enfin tout un tas de livres très intéressants sur ces sujets dont ceux dont je parlais dans un précédent numéro de la newsletter comme :

  • « Ecrans et familles : parentalité, attachement, psychologie du développement », Marie Danet, UGA Editions, publié en février 2025

  • « Les enfants et les écrans », coordonné par Anne Cordier et Séverine Erhel, éditions Retz, publié en juin 2023

  • « Nos ados sur les réseaux sociaux : même pas peur », Béatrice Kammerer, Editions Canopée, publié en mars 2023

  • « Génération anxieuse : comment les réseaux sociaux menacent la santé mentale des jeunes », Jonathan Haidt, Les Arènes, publié en janvier 2025

  • « Votre enfant et les écrans : ne paniquez pas », Nicolas Poirel, Deboeck Superieur, publié en septembre 2020

  • « L’Internet des enfants : une histoire secrète de l’internet qui éduque, amuse et exploite la jeunesse », David-Julien Rahmil, édition divergences, publié en octobre 2024

Il y a aussi Savoir chercher : Pour une éducation à l'évaluation de l'information, Mônica Macedo-Rouet, publié en août 2022 que j’avais lu il y a plusieurs années et que j’avais trouvé particulièrement instructif.

Et enfin les petits nouveaux qui viennent de sortir mais que je n’ai pas encore lu comme Les écrans, ça s’apprend d’Amélia Matar, Faire la paix avec nos écrans de François Saltiel et Virginie Sassoon ou encore Faut-il interdire les réseaux sociaux aux jeunes ? un ouvrage collectif sous la direction de Serge Tisseron, édité par Usbek & Rica et Robert Laffont.

Il y a également d’autres manières de s’informer et de rester à jour à travers des conférences ou Webinaires notamment (organisées par des experts, associations ou acteurs du numérique). Mais attention à bien regarder qui parle et leur vision du numérique et des écrans. 

On voit aussi fleurir ces derniers temps des coachs et formations en parentalité numérique. Mais je n’ai jamais testé. Je suppose que, comme dans toutes les activités de coaching (qui est une profession non réglementée), on trouve sûrement des personnes qui font cela avec sérieux, une véritable éthique et envie d’aider les autres tout en gagnant décemment leur vie et d’autres qui ne font cela que pour vous soutirer un maximum d’argent. On pensera donc à bien se renseigner avant de se lancer. 

Comment transmettre tout cela à nos enfants ? 

Et maintenant, comment transmet-on ce que l’on sait et ce que l’on a appris à ses enfants sans les dégoûter à tout jamais de ces sujets ? 

Car il n’est en effet pas question de convoquer tout le monde le dimanche matin pour un cours magistral de 3h sur l’usage responsable de l’IA, la recherche d’information et le fonctionnement des algorithmes des réseaux sociaux. Il n’y a aucune chance que ça marche, cela risque même d’être totalement contre-productif. Nous ne sommes pour la majorité pas enseignants. Pour ceux qui en doutaient encore, le confinement de 2020 s’est bien chargé de nous le rappeler. Ma fille de 7ans à l’époque m’avait sorti en toute franchise mais sans aucun filtre « Mais en fait Maman, t’es complètement nulle comme maîtresse ! » alors que j’essayais de lui faire comprendre une notion de math pour la 8e fois et que je commençais sérieusement à perdre patience… Et elle avait raison.

Il faut donc réussir à trouver d’autres méthodes et moyens pour éduquer nos enfants au numérique. Car si nous ne sommes pas profs, nous sommes parents et nous connaissons généralement nos enfants, leurs goûts, leurs centres d’intérêts et les supports qu’ils affectionnent. 

Et c’est là-dessus qu’on va pouvoir jouer. Mais il faut être prêt à dégainer à tout moment…

C’est en tout cas ce que je constate avec mes propres enfants. Ce qui fonctionne le mieux et qui a le plus d’effet, c’est de réussir à faire cette éducation au numérique par petites touches quand ils ont une question, un besoin qui n’est pas forcément clairement exprimé ou que cela fait écho à ce qu’ils sont en train de vivre. 

Dès que je vois s’esquisser la moindre petite fenêtre d’opportunité, je saute dedans à pieds joints et la tête la première (pas sûre que cette posture soit humainement réalisable néanmoins…) car je ne sais pas quand se présentera la prochaine. Et bien évidemment, ces petites fenêtres apparaissent rarement quand vous avez du temps et que vous l’avez décidé. Non, sinon ce ne serait pas drôle… Les occasions vont souvent se présenter alors que vous êtes déjà en train de gérer 3 choses en même temps, le soir au moment d’aller se coucher, etc. 

Il faut savoir les saisir mais aussi savoir s’arrêter dès qu’apparaissent les premiers signes d’ennui et de décrochage. Rien ne sert de les dégoûter non plus…

Et ça fonctionne encore mieux si cela s’applique à des sujets qui les intéressent. 

Par exemple, mon fils est un grand fan de sport. Ponctuellement, je lui prête mon téléphone pour qu’il puisse regarder dans le salon les résultats de certaines compétitions. Et comme les sites d’actualités sportives c’est un peu son shot de dopamine à lui, je suis généralement obligée de retirer moi-même le téléphone au bout du temps imparti car il a beaucoup de mal à s’arrêter tout seul. Sinon je le retrouve 1h après en train d’étudier avec le plus grand sérieux, les derniers résultats du championnat national de cricket au Bangladesh, mais c’est un autre sujet… Il y a quelques mois, alors qu’il était sur le site de l’Equipe, il me dit « Maman, tu savais que Donald Trump avait viré les frères Lebrun de leur hôtel ». Un peu étonnée, je lui demande de me montrer où il a vu cela. En bas de la page d’un article de l’Equipe, il y avait en effet une série de liens vers des articles extérieurs à l’Equipe et l’un de ces articles était titré « Les Lebrun et l’équipe de France chassés de leur hôtel par Donald Trump ». On a donc pris le temps de regarder cela ensemble. Ca a été l’occasion de lui expliquer que ces liens apparaissant tout en bas provenaient d’une entreprise appelée Taboola, qui est une entreprise de publicité en ligne qui fournit un flux de contenus pour les sites Web. Leur but, c’est que l’internaute clique sur les articles et plus le titre est capable d’éveiller notre curiosité, plus il y a de chance qu’on clique dessus et qu’ils gagnent de l’argent. Et hop, au passage, on en profite pour lui glisser la notion de contenus putaclics. On a ensuite regardé quelle était la source de l’article : c’était Ouest France, qui est en principe une source fiable et légitime (si les médias traditionnels pouvaient arrêter de faire la même chose que les sources douteuses, franchement, ça nous simplifierait la vie, même si je sais, qu’à la fin du mois, il faut bien bouffer…). On s’est ensuite rendu sur le site de Ouest France pour lire ensemble l’article dans son intégralité. Et l’histoire n’était plus vraiment la même : l’équipe de France ainsi que d’autres équipes avaient dû changer d’hôtel lors des mondiaux au Qatar car le président américain et ses équipes avaient choisi de loger dans le même hôtel au même moment. Les équipes ont tout simplement été relogés dans d’autres hôtels. Avouez que d’un coup, il y a beaucoup moins raison de s’indigner et qu’on a beaucoup moins envie de cliquer…

Et depuis ce jour, dès qu’il voit un article sur lequel il a des doutes, il vient me voir et me dit « c’est putaclic, ça Maman ? ». Pas sûre que j’aurais dû lui apprendre ce mot-là par contre…

Comme je le disais, toutes les occasions sont bonnes à prendre. Un exposé à faire pour l’école en groupe et vos enfants vous demandent un peu d’aide. Hop, l’occasion rêvée de les faire réfléchir sur le sujet avant de se lancer et de glisser 2/3 notions de recherche d’information et d’évaluation des sources. Et en général mes enfants comme leurs camarades sont plutôt réceptifs. Une affiche à réaliser pour un cours, hop, on en profite pour apprendre à utiliser Canva, BDNF pour créer une bande dessinée, Copilot ou ChatGPT pour créer des images. Et si au départ, ils choisissent souvent la voie de la facilité, très rapidement ils deviennent très exigeants et font preuve d’une grande créativité. 

Et on en profite même pour apprendre ensemble : par exemple, avec mon fils, on s’est rendu compte qu’à chaque fois qu’on demandait de faire des modifications sur une image qu’il venait de créer sur Copilot, la nouvelle image était de plus en plus mauvaise. Au bout de 3 / 4 itérations, les personnes sur l’image ressemblaient plus à des aliens qu’à des humains. On en a conclu ensemble qu’il valait donc mieux relancer une nouvelle conversation avec des consignes qui intégraient tous les paramètres de ce que l’on voulait et de ce que l’on ne voulait pas. Et le résultat était en effet bien meilleur.

Et puis il ne faut pas hésiter à utiliser des supports et outils que nos enfants affectionnent. Chez nous, on aime les jeux, les jeux de société, les livres, les magazines, regarder des films et documentaires ensemble. Je tire donc partie de ces leviers. 

Nous avons par exemple regardé ensemble le documentaire « Et si on levait les yeux », une expérience menée par un instituteur de CM2 qui va échanger pendant 1 an avec ses élèves, leurs parents et des spécialistes sur la place des écrans dans notre société, avant de les emmener pour 10 jours de déconnexion en pleine nature.Si cela n’a eu aucun effet sur ma fille, mon fils, lui a beaucoup aimé et m’en reparle régulièrement. 

Concernant les livres et revues, j’avais lu le post d’une mère sur Instagram qui recommandait de les laisser traîner dans le salon et que sur un malentendu, nos enfants auraient peut-être l’idée de s’en saisir. Je laisse donc traîner « par inadvertance » dans le salon des livres comme “C’est pas moi, c’est mon cerveau”, “l’Atlas de la Tech”, etc. et des magazines comme “Chut Explore” notamment. Et le résultat a été positif bien que pas du tout celui que j’escomptais. Je ne les ai que très rarement vu y toucher mais cela a plutôt permis de lancer des discussions avec d’autres adultes et ados ayant fréquenté mon salon : des ados qui disent que leurs parents leur ont acheté les mêmes livres, des parents venus chercher leurs enfants qui en profitent pour lancer une discussion sur les écrans ou à qui cela donne des idées de cadeaux, les grands-parents qui en ont profité pour les lire et ont appris plein de trucs. Et il y a quelques jours, alors que je lisais quelques pages de l’Atlas de la Tech dans le salon, mon fils qui passait derrière moi, a sorti sans prévenir « Ah bon, ça peut être sexiste les algorithmes, comme James Bond ? ». Ce à quoi sa sœur de 12 ans lui a répondu avec ce ton passif aggressif si propre aux ados « Bah évidemment, tu savais pas ? » Et s’en ait suivi une discussion enrichissante de 5/10 minutes tous les 3. 

L’humour est aussi un vecteur intéressant je trouve. Des sketchs qui évoquent les écrans, les réseaux sociaux peuvent être intéressants pour faire passer des messages et dédramatiser. Et je leur raconte des anecdotes liés au numérique qui m’ont amusé comme ces journaux américains qui avaient publié une liste de recommandations de lectures pour l’été mais qui avait été faite par l’IA et non vérifiée et dont une dizaine de livres n’existaient même pas, ce couple d’influenceurs qui n’a pas pu partir en voyage car ils avaient aveuglément fait confiance à ChatGPT. En général, ça les fait rigoler et au passage, ça leur rappelle qu’il faut vérifier les informations produites par des IA. 

On peut donc inclure cette éducation au numérique au quotidien par petites touches. A vous de choisir les angles que vous souhaitez aborder et les méthodes qui vous conviennent.  Pas besoin de se lancer dans de longues sessions qui vont vous épuiser vous et vos enfants. 

Les sites que je citais au début et d’autres proposent d’ailleurs plein de ressources pour introduire ces questions auprès de nos enfants :

  • Sur le site de la CNIL, on trouve Les Incoweb, un jeu sur le modèle des incollables pour tester ses connaissances sur la protection des données personnelles et des mangas pour aborder ces questions

  • Tralalere propose le site Vinz et Lou avec des vidéos, des activités à réaliser, des BDs notamment sur le thème d’Internet

  • Bayard Jeunesse propose le site Croc Ecran avec une boîte à construire, un guide, des défis, une histoire et des stickers

  • Le CLEMI propose des jeux mais plutôt à destination des enseignants

  • On peut aussi apprendre à coder gratuitement sur Citizen Code

Il existe également des jeux sur ces thématiques. On pensera par exemple à

J’ai aussi découvert récemment une app appelée Bedici, qui se définit comme une application pédagogique pour éduquer à la citoyennté numérique avec des modules et de nombreuses questions. L’app s’adresse avant tout aux établissements scolaires mais propose aussi une version pour les familles.

Mais soyons réalistes, on ne peut pas faire toute cette éducation au numérique soi-même.

L’école a aussi un rôle à jouer (voir le dernier numéro de la newsletter En quoi consiste vraiment l’éducation au numérique à l’école ?). Je crois d’ailleurs beaucoup à une co-éducation école-parents sur ce sujet. On peut évoquer la question aux réunions de rentrée ou se rapprocher des associations de parents pour comprendre ce qui est fait et prévu et mettre le sujet sur la table si ce n’en est pas un. 

On peut aussi déléguer et se faire aider pour cette éducation au numérique. Personnellement, je ne me sens pas du tout capable d’aborder la question de la programmation. Les quelques rudiments que j’ai ne sont pas suffisants et je n’ai ni l’envie ni le courage de développer plus de compétences dans ce domaine. C’est pour cette raison que j’ai déjà inscrit mes enfants à des atelier Scratch à la bibliothèque et que je n’hésiterai pas à les inscrire à des stages de programmation pendant les vacances si l’occasion se présente. J’ai aussi déjà entendu parler de formations au numérique pour les enfants des salariés dans son entreprise et il y a aussi des ateliers faits par des associations (Colori, Code en Bois par exemple).

Alors je ne sais toujours pas (comme je l’évoquais au début) si les parents ont le devoir d’éduquer leurs enfants au numérique et aux écrans mais en tout cas ils le peuvent à des degrés divers s’ils le souhaitent. Les ressources de qualité ne manquent pas, bien au contraire.

Numérique sa mère !

Par Charlotte Weaver

À propos de l’auteur

Une mère de deux enfants/ados dont l’un est en primaire et l’autre vient d’entrer au collège qui se pose mille et une questions sur la parentalité à l'ère du numérique.

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