Février 2025 - A la recherche du 1er téléphone

Le choix du 1er téléphone pour son ado est une étape importante qui nécessite un peu de réflexion avant de se lancer...

Numérique sa mère !
7 min ⋅ 19/02/2025

C’est durant l’année de CM1 de ma fille aînée que le sujet du premier téléphone a fait irruption sans prévenir dans notre vie familiale avec la fameuse question balancée subrepticement entre deux bouchées de quiche lorraine : “Maman, quand est-ce que j’aurais le droit d’avoir un téléphone? Parce que TOUT LE MONDE dans ma classe en a un!!!”

Comme j’avais quelques doutes - les quelques parents avec lesquels je discutais à la sortie de l’école étant tous unanimement contre le téléphone en primaire - j’ai donc décidé de me lancer dans une petite opération de fact-checking improvisée.

Et bien NON, toute la classe n’avait pas de téléphone, c’était même une minorité (dix enfants tout au plus sur une classe qui en comptait plus de 30).

Bien tenté mais on est finalement resté sur le plan initial de l’entrée en 6e. Et c’est donc l’été dernier que je me suis enfin décidée à me pencher sur la question.

A mes yeux, l’entrée en 6e était le moment idéal pour l’acquisition du premier téléphone : nous habitons loin du collège, notre village est mal desservi par les transports en commun et il faut que ma fille puisse nous prévenir si elle finit plus tôt que prévu. Cela la rassure, elle, mais cela nous rassure également nous en tant que parents. Bref, tout le monde semble gagnant.

Mais que disent les chiffres ?

Selon uné étude réalisée par Médiamétrie, l’âge moyen d’acquisition du 1er smartphone en France en 2020 était de 9 ans et 9 mois. Toujours selon cette même étude, 65% des jeunes de 11 à 14 ans avaient déjà leur propre smartphone personnel.

"Plus récemment, le baromètre annuel Born Social datant de 2023 indiquait quant à lui que le taux d’équipement en smartphone des 11/12 ans était de 83%.

Et encore plus récemment, une étude de l'Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique réalisée par Ipsos média et parue en octobre 2024 indiquait que les enfants français avaient leur premier smartphone à 11 ans et 3 mois en moyenne.

Il semblerait donc qu’en quelques années, le nombre de jeunes ados équipés d’un smartphone ait augmenté mais l’âge du premier smartphone ait quant à lui reculé. Cela coincide avec l’entrée en 6e et le début d’une plus grande autonomie.

On citera enfin les experts de la “Commission écrans” qui ont remis un rapport à Emmanuel Macron en avril 2024 qui recommandent de ne pas donner de téléphone à son enfant avant 11 ans, avec un téléphone sans Internet jusqu’à 13 ans puis un smartphone sans réseaux sociaux jusqu’à 15 ans.

Une fois que l’on a fait le choix de donner un téléphone à son ado, reste à choisir le type de téléphone. Et ce n’est pas si facile…

Quelles sont les différentes options disponibles ?

Il y a grosso modo 3 options :

  • le téléphone des années 2000 (parfois remis au goût du jour) qui ne permet que de téléphoner et d’envoyer des messages (un téléphone à clapet, un Nokia 3310 - il existe même une nouvelle génération de 3310 plus moderne que le modèle original, etc.);

  • le téléphone qui a l’apparence d’un smartphone mais qui ne permet lui aussi que de téléphoner (comme ce que propose The Phone dont on a pu entendre parler pas mal dans les médias ou NEOW Kids qui a l’air de se positionner sur le même créneau mais dont le produit n’a pas encore été lancé). D’autres acteurs ne devraient pas tarder à émerger s’il y a bien des clients pour ce type de produits.

  • Et enfin le smartphone classique qui vient par défaut avec toutes les options sur lequel on peut installer un contrôle parental si on souhaite contrôler un minimum l’usage qui en est fait, les apps accessibles, le temps passé, etc.

J’ai très vite exclu l’option du vieux téléphone des années 2000 par peur du regard que les autres pourraient porter sur ma fille. En primaire, j’ai été cette enfant qui n’avait pas les habits ou les jouets à la mode, qui n’avait aucune référence commune avec les autres n’ayant pas le droit de regarder la télévision à la maison. Et c’est aujourd’hui quelque chose que je ne souhaite à personne et surtout pas à mes enfants. J’ai vraiment le sentiment que les choix que l’on peut faire en matière de parentalité numérique dépendent aussi beaucoup de notre propre vécu et de nos propres expériences même si le monde d’aujourd’hui est complètement différent de celui dans lequel on a grandi.

Mais finalement, comme il y a un nombre non négligeable d’ados dans la classe de ma fille qui ont des vieux téléphones, je me dis avec le recul que ça aurait très bien pu être une solution satisfaisante pendant un temps.

J’ai ensuite exploré l’idée du téléphone qui a le look d’un smartphone mais qui est destiné aux ados comme The Phone. L’idée est intéressante, mais là encore, je l’ai vite écarté. 100 euros pour un téléphone qui ne permet que de téléphoner, je trouve cela un peu cher (#blocage pyschologique). Et quitte à y mettre le prix, je souhaiterais y voir plus de fonctionnalités, qui ne me paraissent pas incompatibles avec ma vision de ce qui est acceptable en 6e: un appareil photo pour pouvoir se créer des souvenirs de vacances, la possibilité d’écouter de la musique et pourquoi pas des podcasts et peut-être même un accès restreint au Web avec une sélection de sites d’informations jugés fiables (Le Monde des ados par exemple que ma fille adore, un accès à Wikipédia ou à des encyclopédies en ligne pour certains exposés) ou le fameux accès à Pronote ou Ecole Directe pour les devoirs même si, on vivrait peut-être mieux sans.

La dernière option, c’était celle du smartphone avec installation d’un contrôle parental ou la rédaction d’un contrat de confiance. Mais je crois bien que je ne suis pas encore prête à tenter l’expérience et j’ai le sentiment que, pour le moment, j’ai plus à y perdre qu’à y gagner. Et puis je n’arrive pas encore à évaluer le degré de contrôle parental que je souhaite mettre en place : strict et limite un peu intrusif comme le proposent certains contrôles parentaux ou flexible, basé sur la confiance, le dialogue et la responsabilisation même si je penche plutôt pour la deuxième solution. Et je sais d’expérience que lorsque les règles sont contournées ou assouplies, il est ensuite très difficile de revenir en arrière.

Au final, après des mois de réflexion (à repousser cette décision le plus longtemps possible histoire de n’avoir à trancher que quelques jours avant la rentrée en 6e), la solution idéale pour nous est finalement sortie d’un placard au sens littéral du terme.

Alors que nous faisions un peu de tri dans la maison, nous somme retombés sur l’un de nos vieux téléphone, qui, par chance, a le look acceptable d’un smartphone : un iphone 5S (on peut visiblement en trouver d’occasion sur Internet pour une cinquantaine d’euros).

En janvier 2023, Apple a d’ailleurs déployé une nouvelle mise à jour pour l’Iphone 5S qui visiblement n’a pas dit son dernier mot. Mise à jour qui ne permet pas d’installer les dernières versions des applications.

En gros, avec cette mise à jour, il fonctionne très bien pour téléphoner, envoyer des messages et naviguer (lentement) sur Internet mais tout le reste buggue en un temps record, pour mon plus grand bonheur. Après avoir installé une fois une app de jeu qui n’arrêtait pas de planter, ma fille a très vite arrêté de vouloir en faire un smartphone et ne l’allume que rarement pour téléphoner ou envoyer des sms. On lui a acheté une nouvelle coque pour qu’elle puisse le personnaliser et on a installé le contrôle parental proposé par icloud juste pour bloquer l’usage du téléphone de 22h à 7h du matin. Mais je pourrais l’enlever car il n’a aucune utilité, vu que le téléphone est pratiquement toujours éteint.

On ne pouvait donc pas rêver mieux pour le moment… Et je dois dire qu’on a aussi la chance que plusieurs de ses copines n’aient pas de téléphone, merci à leurs parents! C’est fou comme en matière d’éducation les autres parents peuvent devenir vos meilleurs alliés ou l’ennemi à abattre selon les situations… Il y a sûrement là une piste à explorer car c’est bien connu, on est plus fort à plusieurs.

Au début de l’année, dans la classe de ma fille, environ 1/3 des ados n’avait pas de téléphone, 1/3 avait un téléphone qui ne servait qu’à téléphoner et 1/3 avait un smartphone généralement dernier cri.

Seul petit bémol : il semblerait que le père Noël ait choisi d’échanger les vieux téléphones moches d’une partie de la classe de ma fille au profit de beaux smartphone flambants neufs. Et sur ce coup là, je ne lui dis pas merci! Ma fille a donc retenté sa chance en janvier pour savoir quand elle aussi, elle aurait droit à un VRAI smartphone, sans succès.

Reste à voir combien de temps nous allons réussir à tenir… En théorie, jusqu’à la fin du collège mais on sait qu’entre la théorie et la pratique, il y a parfois un monde…

Et si on regardait ce qui se passe ailleurs ?

Comme j’ai vécu une dizaine d’années à l’étranger, j’aime toujours aller voir ce qui se passe dans les autres pays. Parfois, cela confirme qu’on est tous dans le même pétrin, mais parfois, il est intéressant de regarder les différences de pratiques pour s’en inspirer ou relativiser et se dire qu’on n’est finalement plutôt bien loti en France.

Il semblerait que dans les pays limitrophes, on soit tous plus ou moins dans la même situation, l’âge du premier smartphone tourne autour des 10/11 ans et les choix de téléphone sont globalement les mêmes.

Il n’y a qu’aux Etats-Unis que j’ai pu noter des différences notables au niveau de l’âge d’abord mais aussi au niveau du développement du marché des téléphone spéciaux pour les ados.

Pour ce qui est de l’âge, si certaines études parlent d’un âge moyen de 11,6 ans pour l’acquisition du premier téléphone (comme en France aujourd’hui donc), d’autres parlent de 12/13 ans, ce qui est donc plus tard.

Et il semblerait qu’il y ait un véritable marché de téléphones pour les ados avec plusieurs acteurs déjà bien établis :

Plusieurs de ces acteurs proposent plusieurs produits en fonction de l’âge : un montre connectée pour les plus jeunes (en primaire), un téléphone assez basique avec un look de smartphone pour les jeunes ados et des smartphones avec de plus en plus d’options pour les plus âgés. Tous proposent un appareil photo.

Si tous excluent l’accès à un navigateur Internet, a minima pour les jeunes ados, ils proposent tout un écosystème d’apps qu’il est possible d’installer (cela va des app éducatives aux app de fastfood mais les réseaux sociaux sont exclus). Gabb a même développé sa propre app de musique pour éviter d’installer des apps comme Spotify qui peuvent contenir des contenus inadaptés.

A noter également, tous ces acteurs insistent beaucoup sur le filtrage des messages pour détecter des contenus ou contacts suspects et l’envoi d’alerte au parents, la géolocalisation et la possibilité de lire les message (ce qui est à mon humble goût un peu trop intrusif).

On notera également l’existence deThe Light phonequi ne se destine pas spécifiquement aux ados qui fait office de téléphone, alarme, GPS, lecteur de musique, outil de prise de notes, calendrier et c’est tout!

Il sera intéressant de voir si le marché se développe en France au cours des prochaines années mais c’est une piste intéressante. En attendant, on va rester avec notre Iphone 5S en espérant qu’il tienne le coup pendant 4 ans. Et pour notre fils qui entrera en 6e dans 2 ans, on compte bien lui donner le deuxième Iphone 5S que nous avons retrouvé au fond du placard.

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Numérique sa mère !

Par Charlotte Weaver

À propos de l’auteur

Une mère de deux enfants/ados dont l’un est en primaire et l’autre vient d’entrer au collège qui se pose mille et une questions sur la parentalité à l'ère du numérique.

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