Mes enfants, l'IA et moi

L’IA générative, je m’y intéresse depuis plusieurs années. Depuis le lancement de ChatGPT, comme beaucoup de monde. Je lis régulièrement des articles et livres sur le sujet, j’écoute des podcasts et puis j’observe aussi ce que font les autres autour de moi. Mais qu’est-ce que je fais de tout cela dans mon quotidien de parent ? Vaste question...

Numérique sa mère !
12 min ⋅ 22/04/2026

Est-ce que j’interdis l’IA à mes enfants ? Si oui, jusqu’à quel âge ?

Est-ce que je les laisse explorer librement ?

Est-ce que je m’en sers moi-même pour mieux les accompagner dans leurs apprentissages ?

Ou est-ce qu’on expérimente ensemble, en posant un cadre ?

Face à toutes ces questions, j’ai décidé qu’il était temps d’aller plus loin et d’en faire un numéro de newsletter. 

Parce qu’écrire m’aide à penser. 

Alors j’ai lu et relu, écouté et réécouté, beaucoup. J’ai pris tout un tas de notes et j’ai expérimenté dans mon quotidien avec mes enfants. 

Ce que j’ai observé

L’IA, en lien avec l’éducation, est apparue très vite. Au début, en 2023, ce sont surtout les parents qui s’en sont emparés. Puis, progressivement, les enfants et les adolescents ont suivi.

Je me souviens très bien de la première fois où je l’ai vraiment remarqué.
C’était dans un groupe WhatsApp de parents d’élèves : l’un posait une question sur un exercice… et un autre répondait : « ChatGPT dit qu’il faut faire comme ça : » suivi d’un copier-coller.

J’ai vu des parents utiliser l’IA pour faire les exposés de leurs enfants — souvent les mêmes qui les faisaient déjà avant à leur place mais de façon plus artisanale.

D’autres s’en servir pour rédiger des lettres de motivation pour l’entrée au collège ou au lycée.

J’ai entendu des parents raconter que leurs jeunes enfants leur disaient désormais : « Demande à ChatGPT » dès qu’ils ne savaient pas répondre à une question.

Certains trouvaient même amusant que leur ado discute avec ChatGPT comme avec un ami.

Et côté élèves, j’ai entendu des collégiens expliquer qu’ils utilisaient l’IA pour leur réexpliquer des notions mal comprises.

Très vite, j’ai eu le sentiment qu’il y avait plusieurs types d’usages :

  • ceux qui peuvent réellement faire progresser,

  • ceux qui sont neutres,

  • et d’autres, plus problématiques.

Pendant un moment, j’ai cru que j’avais encore un peu de temps devant moi pour réfléchir à tout cela. Mes enfants ne sont qu’en CM2 et 5e. Et d’après l’Education Nationale, l’IA, avant la 4e, ça n’existe pas… En tout cas, c’est le sentiment que j’avais mais en réalité, ce n’est pas ce que les textes disent. 

L’initiation à l’IA avec Pix commence en 4e et le cadre d’usage de l’IA en éducation nous dit que « l’utilisation pédagogique en classe des IA génératives par les élèves, limitée, encadrée, expliquée et accompagnée par l’enseignant, est autorisée en classe à partir de la 4e ». 

Et quand on regarde de plus près, il est tout de même mentionné dans ce même document que « dès le premier degré, les élèves sont sensibilisés aux connaissances de base de l’IA, sans manipuler directement des IA génératives ». 

Mais comme souvent, la réalité dépend surtout des établissements et des enseignants. Si je prends mon cas personnel, l’IA est un non-sujet ou presque au sein de l’école primaire et du collège. 

Deux exceptions tout de même. 

J’ai découvert qu’ils avaient eu l’occasion d’apprendre à créer des images avec Copilot lors d’un club de lecture. 

Et il y a quelques semaines, mon fils en CM2 a eu un atelier de sensibilisation au numérique où ils ont visiblement parlé un peu d’IA. Comment je le sais ? Parce que le même jour, à peine sorti de l’école, il m’a lancé très naturellement : « Maman, tu savais qu’avec l’IA, on pouvait mettre des photos de filles et demander à ce qu’elles soient toutes nues ? Mais c’est pas bien, il faut pas le faire ». Pendant ce temps-là, ses copains hyper gênés et rouges écarlates tentaient de le faire taire en lui chuchotant de manière peu discrète « Mais arrête… tu peux pas expliquer ça à ta mère !!! » tandis que, lui, ne voyait pas du tout où était le problème. Un grand moment…

Bref, il faut se rendre à l’évidence, l’IA est déjà là, d’une manière ou d’une autre, dans la vie de nos enfants. On ne peut pas faire comme si elle n’existait pas.

La vraie question maintenant, c’est : qu’est-ce qu’on en fait ?

Ce que j’ai lu

Si je ne devais recommander que trois lectures pour vraiment s’immerger dans le sujet de l’IA et de l’éducation, ce seraient les suivantes. Elles ont un point commun : aller au fond des choses, avec des regards complémentaires, à la fois sur les risques et sur les opportunités.

Ce qui ressort de la grande majorité de mes lectures, c’est une idée simple : utiliser l’IA en éducation, c’est marcher sur une ligne de crête.

Entre opportunité et danger, la frontière est mince. Et surtout, elle est mouvante.

Un auteur résume très bien le dilemme :

« Lorsque les gens utilisent une machine pour réaliser une tâche, soit leurs compétences augmentent, soit elles s’atrophient… soit elles ne se développent jamais. »

Chez les enfants, le sujet est encore plus sensible : beaucoup de compétences sont en cours de construction.

Des visions parfois opposées… et une réalité plus nuancée

Certains discours sont très alarmistes : l’IA rendrait les enfants dépendants, les empêcherait de penser par eux-mêmes, et conduirait à une forme d’“atrophie intellectuelle”.

À l’inverse, d’autres, souvent issus de la tech, ne voient que les bénéfices.

Mais la majorité des analyses sont plus nuancées : oui, il y a des opportunités réelles mais aussi des risques qu’on ne peut pas ignorer.

Le rapport de Brookings, une bonne porte d’entrée

En cela, le rapport de Brookings est une bonne entrée en la matière et explore différents scénarios où l’usage de l’IA peut être positif et d’autres où il est négatif. 

Côté opportunités :

  • un accès au savoir plus large → potentiel de réduction des inégalités 

  • plus de temps pour les enseignants → recentrage sur l’humain 

  • une personnalisation de l’apprentissage 

  • une amélioration potentielle des apprentissages 

  • une meilleure accessibilité (handicap, neurodiversité) 

  • des outils d’évaluation enrichis 

Côté risques :

  • une possible atrophie cognitive 

  • un impact sur le développement social et émotionnel 

  • une perte de confiance dans le système éducatif 

  • des enjeux de sécurité et de vie privée 

  • une dépendance accrue → moins d’autonomie 

  • un risque d’aggravation des inégalités 

À cela s’ajoute un angle que je n’ai pas vu dans le rapport : l’impact écologique de l’IA, loin d’être neutre.

Les auteurs finissent d’ailleurs par conclure qu’« à ce stade de son développement, les risques liés à l’utilisation de l’IA générative dans l’éducation des enfants l’emportent sur ses avantages ».

Mais contrairement à ce que j’ai pu lire à plusieurs endroits, les auteurs n’en concluent pas pour autant qu’il faut bannir l’IA du monde de l’éducation. 

Au contraire.

Ils rappellent une réalité incontournable : nos enfants grandissent dans un monde façonné par l’IA. La vraie question n’est donc pas faut-il l’utiliser, mais plutôt comment former des enfants capables de vivre avec. 

Et pour que les enfants et ados tirent un véritable bénéfice de l’IA, il va falloir revoir radicalement notre façon d’éduquer et d’enseigner.

Il faut réussir à construire un monde :

  • « conscient de l’IA »

  • « assisté par l’IA » dans certains cas 

  • et « résistant à l’IA » dans d’autres cas. 

Et tout le monde va devoir s’impliquer pour que cela fonctionne : les enseignants, les élèves, les associations, les entreprises, les parents, etc. 

Ce que j’ai expérimenté

Cette année, plusieurs situations concrètes se sont présentées dans la scolarité de mes enfants, où je me suis dit que l’IA pouvait avoir un rôle à jouer.

C’est dans ces moments-là que nous avons commencé à expérimenter ensemble.

Dès le départ, j’ai posé un cadre clair pour eux comme pour moi. Le gain de temps ne devait jamais être une raison d’utiliser l’IA. Apprendre demande du temps long et des efforts cognitifs. Il n’y a pas de logique de productivité dans l’apprentissage.

À chaque usage, je me pose donc une question simple : est-ce que l’IA les empêche de développer une compétence dont ils auront besoin plus tard ?

L’IA pour rendre l’apprentissage plus ludique et retrouver la confiance en soi

Le premier cas où j’ai pensé à utiliser l’IA, c’était pour mon fils, en début de CM2.

Une période compliquée pour lui comme pour nous. Lui qui, les années précédentes, aimait aller à l’école, apprendre, ne rechignait pas à faire ses devoirs, ne voulait désormais plus rien faire. Il disait qu’il s’ennuyait, ne voyait plus l’intérêt d’apprendre. 

Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut revenir à son année de CM1.Il avait une enseignante avec une pédagogie assez particulière qu’il avait adorée.

Elle avait préparé tout le programme en amont, et plusieurs fois par semaine, les élèves avaient des temps de travail personnalisé. Ils choisissaient eux-mêmes les notions à travailler, organisaient leur planning, découvraient les leçons (sous différents formats), s’entraînaient puis passaient les évaluations quand ils se sentaient prêts.

Je ne l’avais jamais vu aussi motivé.

Mais en fin d’année, j’ai commencé à prendre conscience que beaucoup de notions n’étaient pas vraiment acquises.

Il allait trop vite. Son objectif, c’était d’être le premier à tout valider.
Il comprenait rapidement, faisait quelques exercices, réussissait et passait à la suite.
Sans vraiment consolider.

L’entrée en CM2 a donc été un choc.

D’abord parce que certaines bases supposées acquises ne l’étaient pas.
Mais aussi parce que la méthode d’enseignement a complètement changé. Une approche beaucoup plus traditionnelle avec des leçons à apprendre par cœur, parfois à la virgule près, beaucoup d’exercices, souvent répétitifs et un rythme soutenu.

Rien de très différent de ce que nous avons nous-mêmes connu enfants et nos parents avant nous. 

Sauf qu’au quotidien, les devoirs prenaient rarement moins d’une heure par jour.
Et au début, c’était même parfois deux à trois fois plus. Pas parce qu’il travaillait beaucoup mais parce que je passais plus de temps à lui courir après.

À cela s’ajoutait un troisième problème. La méthode qu’il utilisait naturellement jusqu’ici pour apprendre, en l’occurrence relire ses leçons, ne suffisait plus. Parce que relire, et ça je l’ai compris après, ce n’est pas apprendre ni connaître, c’est juste re-connaître. Mais en CM2, on attend des élèves qu’ils rédigent, qu’ils mobilisent leurs connaissances sans aide. Plus d’indices, plus de cadre. Juste des questions et des pointillés sur une feuille blanche. 

Au début, il ne voulait rien entendre et chaque devoir devenait un conflit.

Alors j’ai fait un pari : le laisser se débrouiller, en espérant un déclic. Et j’ai perdu…

Non seulement il n’y a pas eu de prise de conscience mais la situation s’est aggravée. Les notes ont continué à baisser, et surtout, ce que je trouvais plus inquiétant, sa confiance en lui s’est mise à fondre comme neige au soleil. 

Il nous expliquait très calmement qu’il avait une mauvaise mémoire, qu’il était nul à l’école et qu’on allait devoir s’y faire. 

Mais je ne croyais pas une seule seconde à ses explications.

Si c’était vraiment le cas,

  • Comment expliquer qu’il apprenne ses poésies sans difficulté ?
    (“Parce que ça, j’aime bien.”)

  • Qu’il ait une connaissance encyclopédique sur tout ce qui a trait au sport ?
    (“Ca n’a rien à voir, ce n’est pas l’école et je veux être un sportif plus tard »)

  • Ou sur les animaux ?
    (“Parce que je joue avec mes copains à chaque récré aux cartes  Défi Nature.”)

Alors je suis passée au plan B : comprendre comment on apprend vraiment en explorant les neurosciences et les sciences cognitives. Et voir, ensuite, comment l’IA pourrait m’aider avec ça. 

La première chose qui m’a marquée dans mes lectures, c’est le rôle central de la motivation pour apprendre. Sauf que la motivation des élèves est alimentée par la réussite scolaire. Pour qu’un enfant ait envie d’apprendre, il faut qu’il vive des réussites. Et pour cela, il doit comprendre qu’il a les outils pour y arriver.

Aujourd’hui, on connaît de mieux en mieux ce qui fonctionne vraiment pour apprendre. Et pourtant, ces connaissances restent encore trop peu diffusées.

J’ai appris par exemple que

  • Non, on n’a pas une “mémoire visuelle” ou “auditive” au sens strict → c’est en grande partie un mythe

  • Oui, on peut avoir des préférences → mais plus on mobilise de sens (toucher, vue, ouïe, etc.), mieux on apprend

  • Et Non, lire et relire sa leçon ne suffit pas. 

Ce qui fonctionne le mieux, en revanche, c’est de se tester régulièrement, de se poser des questions ou se faire interroger, c’est-à-dire aller chercher l’information en mémoire. C’est ce qu’on appelle le rappel actif. Les flashcards sont, pour cela, particulièrement efficaces.

Autre point essentiel : on apprend en répétant dans le temps. C’est le principe de la répétition espacée. Et plus une notion est maîtrisée, plus on espace les révisions. Des outils comme les boîtes de Leitner permettent de structurer cela simplement.

Petit à petit, j’ai compris quelque chose que je n’avais jamais perçu et auquel je n’avais jamais été confronté ni pour moi ni pour ma fille. Il y a des élèves qui, presque naturellement, mettent en place ces mécanismes. Ils donnent l’impression de simplement relire leurs cours… mais en réalité, ils utilisent déjà les bonnes stratégies. Et puis il y a les autres, nombreux : ceux qui n’ont pas encore trouvé le mode d’emploi. Et qui finissent par penser qu’ils sont mauvais, alors qu’on ne leur a jamais montré comment apprendre.

Et c’est là que l’IA devient intéressante, parce qu’elle permet de transformer très facilement un cours en outils d’apprentissage efficaces. C’est comme ça que j’ai commencé à utiliser NotebookLM de Google. Il a l’avantage de ne travailler qu’à partir des documents qu’on lui fournit, ce qui limite les erreurs et hallucinations.

Concrètement, il suffit de prendre le cours en photo et on peut ensuite générer des vidéos, des podcasts, des quiz, des flashcards, etc. 

Dans la même logique, d’autres outils émergent, comme Student Spaces d’Adobe (encore en bêta et uniquement en anglais), ou des apps comme Baobab Labs, Nomad IA ou Wooflash (payantes) qui se positionnent sur le créneau du soutien scolaire dopé à l’IA.

Parce que c’était plus ludique, mon fils a accepté de jouer le jeu avec moi. On a utilisé ensemble des vidéos, des quiz, des flashcards. Et progressivement ses notes sont remontées, sa confiance est revenue et le climat à la maison s’est apaisé. Aujourd’hui, son année se passe bien et étonnamment, il demande de moins en moins à utiliser ces outils. Il a tout simplement repris confiance en sa capacité à apprendre.

L’IA pour stimuler la créativité 

Le deuxième cas concernait cette fois-ci mes deux enfants. À quelques semaines d’intervalle, ils avaient chacun un devoir très proche et non noté à faire à la maison : écrire un poème. L’un en anglais, l’autre en français.

Et dans les deux cas, le même scénario s’est répété. Ils ont commencé seuls, ont ensuite eu le sentiment d’être allés au bout de ce qu’ils pouvaient faire et que “ça ne sonnait pas juste” puis ils sont venus me demander de l’aide.

À ce moment-là, plusieurs options étaient possibles : Ils pouvaient s’arrêter là, et rendre leur texte tel quel avec une certaine frustration à la clé. Je pouvais aussi les aider directement, en reformulant et en proposant des idées. 

Mais j’ai décidé de tenter autre chose. Et si, au lieu d’être deux, nous étions trois à écrire ce poème ? Eux, l’IA et moi.

On a commencé par clarifier leurs intentions. Qu’est-ce qui ne va pas dans ce vers, Qu’est-ce que tu veux vraiment dire, quelle émotion tu veux faire passer, quel vocabulaire, quel rythme, quelles rimes, etc. 

Puis, vers après vers, mot après mot, nous avons demandé à l’IA (on a testé ChatGPT, Claude et Copilot) de proposer des pistes.

Ça nous a pris du temps, beaucoup de temps… Et presque jamais ils n’ont repris les propositions telles quelles : un mot par ici, une rime par là ; parfois deux idées mélangées pour en créer une nouvelle.

Au final, c’était moins un exercice scolaire qu’un véritable moment de création. Un moment d’émulation collective en quelque sorte. Et surtout, c’est devenu un bon souvenir pour eux comme pour moi. 

L’IA comme piqûre de rappel

Pour ce dernier cas d’usage, je suis beaucoup plus partagée.

À chaque vacances, les enseignants demandent de lire un ou plusieurs livres. Et à la rentrée, il y a un contrôle de lecture.

Problème : quand le livre a été lu en début de vacances, la veille du contrôle, c’est souvent la panique. Ils ont peur d’avoir tout oublié.

Dans l’idéal, j’en suis bien consciente, il faudrait prendre des notes pendant la lecture. Sauf que personne ne leur a expliqué comment faire. Et surtout, personne ne leur a demandé de le faire. La consigne dans l’agenda est simple : « Lire tel livre. Il y aura un contrôle à la rentrée. »

Ma fille, elle, est très claire. Elle ne veut pas prendre de notes en lisant. Ça casse le rythme, ça gâche l’histoire et je la comprends.

Dans un monde idéal, il faudrait donc relire une deuxième fois. Mais bon courage pour convaincre un ado de relire un livre, surtout quand ce n’est pas explicitement demandé et que « flemme » est statistiquement le mot qui sort le plus souvent de sa bouche en ce moment. 

C’est dans ce contexte que j’ai voulu voir si l’IA avait un rôle à jouer, non pas pour remplacer la lecture, mais comme piqûre de rappel.

Je prends en photo chaque chapitre (heureusement que ce n’est pas Guerre et paix mais des livres pas trop volumineux) puis je demande à NotebookLM de faire un résumé, d’extraire les personnages et de lister les événements importants. Et juste avant le contrôle, ils relisent cette fiche. Ils sont rassurés et la note est très bonne.

Mais est-ce que je les aide vraiment ? Ou est-ce que je les empêche de développer une compétence essentielle, celle de prendre des notes, de structurer une lecture, de retenir par eux-mêmes.

Et plus le temps passe plus je me demande s’ils vont véritablement apprendre à l’école comment prendre des notes sur un livre et si on va même leur demander. Si ce ne serait pas encore un de ces savoirs implicites, ceux qu’on attend sans jamais les enseigner. 

Je n’ai moi-même pas le souvenir qu’on me l’ait appris clairement. Peut-être en prépa ? Ou peut-être que j’ai fini par me débrouiller seule ?

Alors je pense que cet usage n’est que temporaire, le temps que je prenne le relais, que je leur montre comment faire, le temps de leur donner les outils et méthodes nécessaires. 

Ce que j’aimerais encore tester 

Il y a encore deux cas d’usage qui me semblent à la fois intéressants et prometteurs, même si je n’ai pas encore eu l’occasion de les tester.

Le premier concerne la réexplication de notions… selon la méthode du professeur.

Vous avez sûrement déjà vécu cette scène. Votre enfant vient vous voir, bloqué sur un exercice de maths. Vous replongez tant bien que mal dans vos souvenirs d’il y a 20 ou 30 ans, et vous tentez de lui expliquer le raisonnement. 

Et là, c’est le drame : “Ce n’est pas la méthode du prof.” Vous voyez déjà la suite arriver. Votre enfant s’agace “Je vais me faire engueuler si j’utilise ta méthode.”

Le ton monte. Vous vous agacez aussi. Parce qu’au fond, si la méthode fonctionne et que le résultat est bon… ça devrait suffire.

Mais votre enfant, lui, est souvent moins bloqué par la compréhension que par la peur de ne pas reproduire, à la virgule près, la méthode attendue.

Et vous, vous n’avez pas du tout envie de réapprendre une nouvelle manière de faire, surtout quand la vôtre a toujours fonctionné.

Et puis, il y a ce petit air de déjà-vu… Parce que cette scène, vous l’avez probablement déjà vécue adolescent, avec vos propres parents

Toute ressemblance avec une situation existante ne serait évidemment pas fortuite :)

C’est là que je me dis que l’IA pourrait jouer un rôle intéressant. Non pas pour donner la réponse à la place de l’enfant. Mais pour traduire la méthode du professeur, clairement, simplement, dans les bons codes attendus en classe. Et ainsi éviter ce moment de tension où tout le monde a raison, mais personne ne parle vraiment le même langage.

Le deuxième cas concerne le feedback en cours de création.

Ce que mon expérience professionnelle m’a appris, c’est que le feedback est un levier essentiel pour progresser. Il est très rare (et très risqué) de rendre un rapport, donner une étude à un client, publier un article, etc sans que personne, autre que l’auteur, ne l’ait relu ni n’ait fait quelques commentaires et suggestions. Et ça devrait être pareil pour  les enfants et les adolescents mais ça ne l’est pas suffisamment souvent. 

Petite parenthèse importante : Je parle ici de feedback constructif, honnête et bienveillant. J’ai eu, par le passé, une supérieure qui annotait tous les documents en rouge, en majuscules, avec un nombre improbable de points d’exclamation et d’interrogation. Ce type de retour, qui transpire la colère ou sert surtout de défouloir est, selon moi, totalement contre-productif.

Revenons maintenant à l’école. 

Dans le cadre scolaire, le feedback arrive souvent trop tard. Il intervient une fois le devoir terminé, corrigé et noté.

Ce que j’observe avec mes enfants, c’est qu’ils s’intéressent d’abord à la note. Le commentaire en haut de la copie est survolé, les annotations dans la marge, parfois lues. Parfois pas. Et honnêtement, je faisais probablement la même chose à leur âge.

Le problème, c’est que ce feedback pourrait être bien plus utile s’il intervenait avant la version finale. Notamment pour les exercices de rédaction faits à la maison.

On leur demande bien de se relire, de produire plusieurs versions. Mais sans regard extérieur, progresser reste difficile.

Même avec une relecture attentive, certaines fautes passent inévitablement.
Et surtout, ce qui paraît évident pour l’élève ne l’est pas toujours pour un lecteur extérieur.

Il y a aussi un autre élément que je trouve important : l’investissement émotionnel. Un texte, ce n’est pas un exercice neutre, c’est une production personnelle.

Et recevoir un retour de ses parents — même bienveillant — n’est pas toujours simple, même lorsque les points positifs sont soulignés avant les pistes d’amélioration. Paradoxalement, j’ai remarqué que le feedback est parfois mieux accepté lorsqu’il vient d’un tiers… ou d’un outil.

C’est dans ce contexte que j’ai découvert Ecrivor, un outil d’IA dédié à la production d’écrits. Son approche m’a semblé intéressante et j’ai contacté son créateur pour savoir s’il pouvait être utilisé dans un contexte familial et voici sa réponse :

« Actuellement, Écrivor a surtout été pensé pour être utilisé par des enseignants. Il faut un enseignant pour choisir ou créer l'activité, et les retours ne sont pas auto-suffisants, ils doivent être commentés et discutés par les élèves et les enseignants, l'une des plus-values les plus importantes étant que les élèves se relisent d'eux-mêmes et posent des questions beaucoup plus précises à leur enseignant. Si un parent veut l'essayer, c'est évidemment possible mais il faut donc suivre le travail de son enfant. Néanmoins, nous n'excluons pas de faire une version "famille" l'année prochaine, notamment pour les élèves à besoin particuliers. »

Il ne me reste maintenant plus qu’à tester ces deux cas d’usage !

Et pour conclure, je terminerai avec cette citation de Marie Dollé, qui, personnellement, me parle beaucoup : 

« Toute personne rodée à l’IA vous expliquera qu’on gagne rarement du temps pour peu que l’on cherche la qualité. En réalité, on y passe plus de temps… pour un résultat sans commune mesure. »

Numérique sa mère !

Par Charlotte Weaver

À propos de l’auteur

Une mère de deux enfants/ados dont l’un est en primaire et l’autre vient d’entrer au collège qui se pose mille et une questions sur la parentalité à l'ère du numérique.

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